Journal d'un état de crise #covid19

 réédition de

mars 14, 2020

Phase 1

mardi 25 février 2020

patient 36a de retour de Lombardie vient au cabinet malgré les recommandations de ne pas se rendre chez le médecin. Il reste dans le couloir. La remplaçante de ma collègue lui donne un masque  (oui nous avons des masques pour les tousseurs en période de grippe) Elle le reçoit rapidement et appelle le Samu pour l'orienter en dépistage.

 

mercredi 26 février 2020

: pas de nouvelle du patient, ma collègue l'appelle, il lui apprend qu'il a été dépisté positif pour le Covid19 et qu'il est hospitalisé. Branle-bas de combat : mise d'un masque , elle appelle l'ARS qui lui dit de finir sa matinée et de renvoyer les patients de l'après-midi et d'annuler tous ses rendez-vous futurs. Elle est confinée 14j. Demande de protole pour désinfecter le cabinet : on reçoit une fiche pour une chambre d'hôpital. 2 h de nettoyage après on rentre toutes les deux chez nous et ma collègue pour y rester.

 

samedi 29 février 2020 :  la compagne du premier patient appelle, elle est malade. Orientation vers le 15 et hospitalisation avec son homme.

1er mars au soir: on apprend par les médias que la phase 2 est déclarée. Personne pour prévenir ma collègue. Je lui apprends qu'elle peut sortir de chez elle après 5 j de confinement.

 

Phase 2

 

lundi 2 mars 

Ma collègue rentre de vacances avec le cirque qui commence. Elle se prend le stress de face.

Discutions sur les mesures à prendre. Désinfection dans un premier temps à chaque fin de 1/2 journée, on nettoie les surfaces et les poignées de portes ainsi que les interrupteurs.

Décision de nous mettre un masque quand un patient tousse. On en voit 2 ou 3 chacune par jour. On a pas de masque FFP2, on met les chirurgicaux que j'avais acheté pour la grippe.

Je mets des masques depuis début janvier en accès libre pour les malades qui toussent avec la grippe. Les gens commencent à les piquer. Personne n'en met ....

 

mardi 3 mars 

on apprend qu'une église évangélique de la Porte ouverte à Bourtzwiller près de Mulhouse  a fait une messe avec une fête après une semaine de jeûne et de prières avec embrassades et mains tenues. Messe de fin de semaine et fête avec 2400 fidèles venus de toute l'Alsace de toute la France de Suisse et d'Allemagne et d'ailleurs. Les premiers cas positifs sont relatés.

 

jeudi 5 mars 

1er rdv "gynécologie" , jeune étudiante qui me dit que finalement elle se sent fébrile et préfère une consulation pour ça. Je plaisante et lui demande si elle était à Bourtzwiller. Elle : blanc puis , "en fait oui j'y étais". Je mets un masque et je l'examine. Elle a un début de bronchite. Appel au 15 à 9h : réponse: "c'est pas la peine de nous appeler pour ça , on a eu des centaines d'appel depuis ce matin et en plus le TGV a déraillé. 14j à la maison et paracetamol"

Plus de signalement, plus de prise de nom, plus de dépistage malgré toutes les instructions reçues. La médecin régulatrice est au bord de l'implosion. Ambiance ....

Désinfection de la zone de la salle d'attente où elle était assise sous les yeux inquiets des autres patients , poignées de portes ( toutes y compris la porte d'entrée) , désinfection du cabinet avec spray désinfectant et papier de rouleau d'examen, SHA ( soluté hypro Alcoolique) allègrement ( ouf j'ai commandé après le patient number one )

L'après-midi 2 patients légèrement fébriles toussent. Je sais pas quoi en faire. Je mets un arrêt de 1 semaine alors qu'ils sont pas si mal.Ils n'ont pas vraiment de contact avec un patient malade. Il ne viennent ni de Chine , ni d'Italie , ni de Bourtzwiller. On a aucune idée de quoi faire avec les gens malades. On fait comme d'habitude sauf qu'on bosse avec masque si besoin. Et on désinfecte un peu.

 

Vendredi 6 mars 

je préviens l'interne de SASPAS qu'il doit mettre un masque quand les gens toussent et utiliser SHA et lingettes désinfectantes après chaque patient tousseur.

J'apprends que le Covid19 peut donner des troubles digesttifs avec douleurs abdominales et diarrhées en lisant des articles sur Twitter. Ca ratisse large si en plus les gastros deviennent suspectes...

 

Samedi 7 mars

ma collaboratrice consulte sans gros problème avec quelques rhinites et toux. On en discute, on sait pas quoi en faire. J'ai des réanimateurs qui medisent voir les premiers SRAS sur Covid19.

On apprend que l'essaimage des cas de Bourtzwiller est international

 

Lundi 9 mars 

ça monte en nombre. Après  avoir vu 2 ou 3 patients par jour vaguement suspects, ils arrivent plus nombreux . Symptômes peu violents en dehors de la toux: sensation fébrile, petite fièvre entre 38° et 38,5° en moyenne. 6 ou 7 par doc environ. On passe les lingettes désinfectantes toutes les 2h sur les poignées de portes ( on dit clenches ici ) , le stress, on le sent doucement monter vu les cas de SRAS connus dans le monde.

Réunion au sommet avec Schouki ma collab pour mettre au point une routine de désinfection plus importante. Après chaque patient infecté: SHA pour le patient et pour nous, nettoyage à la lingette du bureau , clavier, sous-main, souris tapis de souris , lecteur de carte vitale, lecteur de carte bancaire , téléphones fixes et portable, lit d'examen , paillasse de la consult , stethoscope, oxymètre, manomètre du tensiomètre, spray désinfectant sur le brassard . Repassge des mains au SHA après le nettoyage.

 

Mardi 10 mars

on décide de modifier l'agenda des 2 docs. Les secrétaires sont briefées et sont top . Première moitié des rdv du matin et de l'après-midi pour les patients "propres" et rdv de fin de 1/2 journées pour les infectés. Les secrétaires de leur propre initiative notent : rdv "COVID19". On en rit toutes les deux. On voit 6 à 7 patients chacune suspects de Covid19. On débute les arrêts sytématiques de 14 jours avec consignes de confinement.

ET LA : ça coince sévère . Les patients comprennent pas qu'on leur interdise de sortir pendant 14 jours pour une grippette. Explications, réexplications pour qu'ils ne diffusent pas le virus.

 

Mercredi 11 mars

 on débute le port de masque permanent avec ma collègue Schouki. Après en avoir discuté avec @fluidloading on décide d'économiser les masques ( il nous en reste 100 pour chacune) et de les porter 1/2 journée à chaque fois. Grosse difficulté: ne jamais se toucher le visage, le masque. Beaucoup de concentration, où met-on les mains ? tout le temps. Compliqué, on a chaud , pas beaucoup d'air.

L'interne en stage de santé de la femme porte le sien aussi.

Première téléconsultation : une famille entière à la maison qui tousse; Les deux parents asthmatiques. Je consulte avec le père le matin entre deux rendez-vous au cabinet: je débute un traitement de fond pour l'asthme , lui explique le confinement qu'il omprend très bien (ouf ) et adresse par mail son ordonnance à la pharmacie . Je ne sais pas encore que l'on peut télétransmettre les arrêts à la Sécu sans carte vitale ( merci @Fraslin) et lui prepare le sien à faire chercher par un proche dans la journée.

Je donne un rendez-vous téléphonique à son épouse après mes consultations de la matinée.Je conviens avec eux de prendre des nouvelles vendredi.

( après avoir rappelé 10 patients inquiets ou qui ne veuent plus venir au cabinet , je vais enfin faire pipi et manger, il est 14h je finis vers 12h 30 habituellement)

 

Jeudi 12 mars 

début de l'affluence. Les secrétaires ont fait un super boulot. A part une ou deux exceptions les patients sont dans les bonnes plages.

15 patients infectés vus dans la journée, 16 sans infection covid19. J'appelle mes patients âgées suivies à domicile pardes infirmières pour leur expliquer que sauf urgence , je ne passe plus les voir pour les renouvellement, j'adresse les ordonnances nécessaires à lapharma, aux IDE et aux kinés) 31 patients vus physiquement, 3 téléconsultations.

Le Président annonce que les écoles seront fermées lundi prochain. C'est encore très long jusqu'à lundi ....

 

Vendredi 13 mars ( vous avez dit vendredi 13 ?) 

Mon super interne SASPAS assure à mort, j'ai bloqué son nombre de rendez-vous à 20. Je vois des patients en visite puisque je ne suis pas en contact avec les "infectés covid19" . Problème : il a 15 patients à contacter par téléphone et n'y arrivera pas. Je viens le soir et on fait ça ensemble. Il part enfin à 20h et moi je continue jusqu'à 21h : bilans bios , INR , et rappel de tous les patients avec ordonnances mailées aux phartmacie pour ne pas augmenter le nombre de patients en consultation.

 

Samedi 14 mars

15 consulations sur place avec 6 "infectés", je trouve ça tranquille. Appel des secrétaires : ça déborde.  Elles ajoutent 3 téléconsultations et à 13h. Puis 16 messages de patients dont 8 malades de covid19 probable. Téléconsultations à la chaine, envoi ordonnances, conseils, arrêt de travail et confinements.Donner rdv aux plus fragiles lundi.Ca prend un temps fou. Jet d'éponge : il est 15h . Je finis en désinfectant tout le cabinet et en ayant les crocs. Je jette ce p.... de masque.

J'AI FAIM !!!

 

Lundi 16 mars

On décide la matin avec ma collab de mettre une tenue différente pour travailler et de nous changer en arrivant. Nous n'avons pas de blouses. Je n'ai jamais mis de blouse depuis 25 ans que je suis installée. J'apporte un pantalon confortable et une chemise ample ainsi que des chaussures de rechange.

8h 15 j'arrive au cabinet je m'installe et je commence à voir les patients "propres"( non infectés)  en rendez-vous.

J'en vois 4 et au bout d'une heure j'ai 15 messages de mon secrétariat pour des syndromes ORL ou de la toux. Ma collab en a autant. On prend immédiatement la décision de transformer notre consultation en téléconsultation téléphonique. On rappelle les patients qui doivent arriver au cabinet dans la journée pour qu'ils restent chez eux et on leur propose un rendez-vous téléphonique à la même heure. Ca coince pour quelques uns qui ne décrochent pas et viennent quand même. Le stress est intense , l'adrénaline monte. Plus on fait de consultation , plus le nombre d'appels augmente. J'en fais une : le chiffre de gens à rappeler augmente de 2. Le tonneau des Danaïdes !

J'ai 2 lignes fixes et un portable et je commence à alterner pour des raisons de baisse de niveau de batterie. La montée en puissance de nombre de cas nous fait l'impression d'un tsunami à toutes les deux. Je vais faire pipi 3 fois plus souvent que d'habitude tellement ça pulse.

On change notre manière de travailler toutes les 30 minutes en apportant de nouvelles améliorations et en se concertant tout de temps avec @DocSchouki.

Nous n'avons jamais fait de consultations de tri pour évaluer l'urgence de chaque patient. Ces téléconsultations sont longues, 10 minutes pour interroger sur les signes cliniques et on en découvre de nouveaux au fur et à mesure comme les maux de têtes intenses, les maux de gorge, la sensation fébrile peu intense et l'oppression thoracique, mais aussi les douleurs abdominales et les courbatures chez certains et quelques fois des diarrhées intenses. Et puis on découvre l'anosmie ( perte totale de l'odorat) qui est souvent évoquée.

On tatonne, mais on tatonne à deux alors ça va plus vite. On donne ensuite les arrêts de travail et c'est compliqué  ils se font en ligne pour la sécu, mais il faut les signer à la main et ça oblige à chaque fois à imprimer et scanner pour le feuillet employeur, puis on fait l'ordonnance qui est légère : paracétamol, sirop anti-tussif et quelques anti-diarrhéiques. Enuite, je donne des conseils de confinement au domicile, des conseils pour bien connaître les signes d'aggravation et ceux pour lesquels l'appel au SAMU est indipensable. Schouki m'envoie une fiche conseil de confinement du gouvernement, ça facilite. Je créée une fiche de conseils pour savoir quand rappeler et je laisse tomber dans un premier temps les histoires de réglement du 1/3 payant.

Un peu plus tard Schouki me dit qu'elle propose un réglement par virement aux patients pour éviter les chèques et les espèces. C'est idiot de les faire venir au cabinet pour ça.

Je fonce à 14h à la boulangerie pour tenir le coup. Les rayons sont quasi vides, c'était la razzia avant le confinement. Ce sera paella.

13h après notre arrivée on quitte le cabinet en ayant totalement vidé nos surrénales.

Changement de fringues, arrivée à la maison, deshabillage dans le sas qu'est la buanderie, tout à la machine et douche. J'ai vu 10 patients en présentiel et 24 téléconsults par téléphone. Moi qui avait décidé et m'étais inscrite pour avoir un logiciel de téléconsult, je sais que je n'aurais jamais le temps d'attendre la connexion de patients non habitués à cette technologie.

 

Nous avons l'impression toutes les deux d'inventer une nouvelle façon d'exercer la médecine. Une médecine de guerre contre #COVID19

 

Mardi 17 mars

La boule au ventre le matin. On repart à l'attaque. On sait que ça va encore être pire. Je n'arrive plus à avaler autre chose qu'un yaourt le matin, moi qui adore les petits déjeuners copieux.

Changement pour la tenue qui a été lavée et surtout stérilisée au sèche-linge. On devient phobique du virus. Les réas sont pleines partout à Strasbourg, Colmar et Mulhouse, pas le moment de tomber malade.

On commence les téléconsults direct et là je sens un apaisement. Le fait de ne plus à avoir à contrôler tout le temps ses gestes pour ne pas se contaminer comme on ne voit presque plus de patient en live, de ne pas à avoir à désinfecter tout le matériel la salle d'examen et le bureau : clavier, souris surfaces etc etc nous apaise vraiment.

J'annule au fur et à mesure tous les rendez-vous présentiels. On garde les masques chirurgicaux d'un commun accord parce qu'on en a peu et qu'il y a à chaque fois 3 ou 4 personnes qui arrivent par demi-journées au cabinet et qu'on a pas de quoi changer à chaque fois. Dès qu'on enlève un masque il est contaminé.

Premier appel d'une patiente dont l'état respiratoire s'est aggravé brutalement cette nuit. Elle a du mal à respirer, mais pas encore la cata. Elle est surtout au bout du rouleau. Pas d'antécédent médical 52 ans. Je l'ai déjà eu au téléphone samedi et lundi et c'est de pire en pire.

Je décide de la faire venir immédiatement au cabinet. Je m'équipe d'un masque FFP2, de lunettes de protection de gants. Je l'accueille avec masque pour elle et gel hydroalcoolique à l'entrée du cabinet qui maintenant est fermée à clé en permanence: Fort Knox!  Après examen j'appelle le 15 pour la faire passer par la filière COVID des urgences.

30 minutes après, le temps d'avoir le médecin régulateur du Samu-Covid,  elle y va, conduite par son fils qui l'a amenée.

Les teléconsults peuvent reprendre.

Coup de fil d'une jeune infirmière à laquelle j'avais donné un masque FFP2 pour bosser qui me file le tuyau: les masques FFP2 sont arrivés à la pharmacie du quartier et ils partent à toute vitesse. Je lâche le téléphone et je cours les chercher .

La pharmacie est à 5 minutes à pieds, le confinement n'est pas respecté. Il y a un groupe de 5 jeunes qui fument tous ensemble à l'arrêt de tram.

Je récupère mon butin de masques tant attendus. CHAMPAGNE !!

 

Fin de la journée de téléconsult, intense, mais moins risquée donc moins stressante. On progresse à grande vitesse.

 

Mercredi 18 mars

Nouvelle journée qui débute avec immédiatement lors du premier appel un patient très dyspnéique. Il a une leucémie lymphoïde chronique  qui s'est aggravée brutalement avec une anémie déjà sévère le 9 mars et me raconte sa dyspnée que j'entends au téléphone. Impossible de joindre par téléphone l'hôpital submergé. On sent que ça va être dur pour les patients non-COVID.

Je programme une prise de sang de contrôle en urgence et préviens aussitôt son oncologue par mail en priant pour qu'elle le lise très vite. ( elle le fera après réception du résultat et l'hospitalisera)

La deuxième patiente est fébrile et tousse énormémént , exténuée. Elle souffre d'anorexie et de bronchite chronique tabagique qui s'est dégradée depuis 3 semaines. Elle me raconte une dégradation des symptômes avec plusieurs éléments évoquant COVID19. Je décide de l'examiner. Avec Schouki, on décide de réserver dorénavant la salle d'attente aux patients suspects de COVID19 à examiner.

S'il faut vraiment faire une consultation urgente pour autre chose le patient entrera directement dans notre bureau avec masque et gel sur les mains.

Devant la difficulté diagnostique de la dame à son arrivée je me pose pour la première fois la question d'un dépistage, le labo du quartier valide la demande vu les facteurs de risques de la patiente et l'envoie dans un labo privé équipé en drive avec autoprélèvement par la patiente dans sa voiture et dépôt de l'ecouvillon dans un receptacle sans contact avec le personnel du labo.

On sent que ça ne rigole plus nulle part; Les soignants mal protégés au départ tombent malades les uns après les autres.

Je me dis que notre organisation peut nous protéger un peu mieux peut-être .

 

Je reçois enfin ma première blouse médicale noire, un patient nous offre 10 masques FFP2 et une entreprise nous offre 2 blouse blanches par doc. Les choses avancent.

 

21 h j'apprends que fils n°2 qui est à Paris est malade, a du mal à respirer. Il refuse d'appeler le 15 malgré mes conseils; La nuit va être longue.

 

Jeudi 19 mars

Nouvelle journée covid19. On ne pense plus qu'à ça , rève de ça et je n'ai plus faim. Moi la gourmande je viens de perdre 3 kg. Le ventre noué.

Matin tranquille, et pourtant on attend la prochaine vague. Et puis ça s'emballe, le nombre de rendez-vous de téléconsultations par téléphone toujours augmente au fur et à mesure. L'impression d'écoper moins vite que la montée des eaux.

Le secrétariat téléphonique qui est local est débordé et nous envoie un message disant que vu l'importance du nombre d'appels ils vont réduire leurs plages horaires de 8h à 18h au lieu de 19h.

On speede toutes les deux avec ma collab et de temps en temps on s'appelle pour faire le point.

je ne vois aucun patient en live et ça me fait tout bizarre. Ma collab en verra 2 non covid a priori. Tous les deux n'ont que des angoisses et finalement rien de grave.

Entre 2 rendez-vous téléphoniques, une jeune journaliste d'une chaine de télé m'interroge sur la situation dans nos cabinets. J'ai une tête épouvantable, les cheveux attachés n'importe comment et des cernes comme des valises: instant glamour .... Bref je fais peur avant même de parler.

 

Vendredi 20 mars 

Jour de l'interne en stage en autonomie qui travaille habituellement tout seul au cabinet les vendredis.

On décide avec ma collab de doubler sa consultation pour ne pas le laisser seul . Habituellement ma collab ne travaille pas le vendredi, elle propose de venir le matin et moi l'après-midi. Cela nous laisse à chacune une demi-journée de repos et c'est pas du luxe.

Je profite de ma matinée de libre pour remettre en tonte Romuald mon robot et ensuite je cherche u  sytème de téléconultation vidéo simple pour mes patients. Je pose la question sur twitter et je trouve une solution simple qui permet d'envoyer un lien par mail et de retrouver le patient par le même lien.

Essai avec fils n°1 confiné dans sa chambre parce que malade du covid19. Du coup ça ma fait plaisir de le voir dans sa chambre. Depuis le début il prend bien soin d'éviter de nous contaminer, ne sort qu'avec un masque de sa chambre et mange aussi dans son coin. Son seul plaisir : sortir dans le jardin. Je valide le système et l'essaye immédiatement avec ma cousine confinée et malade. C'est bon , elle se connecte facilement.

Je rejoins l'interne tôt dans l'après-midi et lui montre le système qu'il met très vite en route avec le nouveau casque-micro que j'avais acheté avant le confinement généralisé.

La médecine comme le SAV. Jamais j'aurais pu imaginer ça .

La téléconsultation vidéo est aussi possible avec un smartphone et j'essaye dans le cabinet de ma collab.

Premier essai infructueux, la patiente ne comprend pas comment lire ses mails sur son téléphone  portable, perte de temps 10 minutes. Je finis au téléphone. Patiente aide-soignate dans un EHPAD pour personnes âgées dépendantes travaille depuis le débute de semaine en toussant et sa cadre lui a expliqué qu'elle devait bosser et sans masque puisque c'est pas "corona".

Je lui explique qu'elle a une très forte probabilité d'être malade de Covid19, prescrit un arrêt de travail , mais ça coince au niveau de la Secu puisqu'elle a encore à 18 ans le numéro de sécu  de sa mère et que son nom n'apparait pas dans les ayant-droits. Je fais l'arrêt en version papier. Je lui dis de prévenir l'EHPAD et lui prescris un test Covid19 comme elle est soignante.

La 2eme patiente est dépressive , la connexion se fait en video , mais son débit est faible et le son est mauvais. Je finis au téléphone avec la vidéo sans son.

Pendant ce temps l'interne y arrive très bien. Il a fait venir 2 personnes dans la journée pour les examiner entièrement équipé: masque, lunettes, et blouse + gants et toujours en salle d'attente.

Avec ma collab il y aura eu 4 patients vus en live.

 

Samedi 21 mars

C'est le samedi de ma collab. J'ai très mal dormi et j'angoisse en pensant à la semaine qui vient. J'ai un pharmacien qui me propose du gel hydroalcoolique gratuit qu'il a fabriqué dans son officine pour les soignants. Je vais le chercher en voiture en traversant la ville de Strasbourg complètement vide.

Je ramène le butin : 500 ml que j'offre à une jeune infirmière qui soigne plusieurs de mes patients.

A peine revenue au cabinet j'apprends qu'un twittos a récupéré des masques de 2009 sur son lieu de travail. Les gens se mobilisent de plus en plus et c'est extrêmement encourageant alors qu'on se sent souvent très seule face à toute cette horreur annoncée.

Je repars donc chercher un carton de vieux masques et de gants qu'il m'a préparé spécialement. On se salue devant la porte de son immeuble à plus d'u mètre de diostance , nos visages cachés par nos masques. Cette scène est irréaliste. Merci Monsieur, vraiment. Vous allez sauver des vies.

Retour à la maison, le moral est meilleur et je prépare le repas pour la première fois de la semaine et c'est avec plaisir.

 

 

Lundi 23 mars 

J'ai jamais eu la boule au ventre pour aller travailler, mais ça y est je sais.

Le pti dèj passe mal.

Journée dont l'agenda se remplit de téléconsultations assez vite. On a arrêté la pause entre 14h et 16h qui permettait les visites à domicile qu'on ne fait plus et j'enchaîne les consultations vidéos pour ceux qui peuvent et qui m'inquiètent, et téléphoniques pour les autres. Avec Doc Schouki on améliore sensiblement nos outils de téléconsultations et chaque jour est une ooccasion de nouvelles trouvailles. Je trouve sur twitter une vidéo d'un pneumologue ( je crois) anglais qui explique la corrélations entre un décompte à voix haute et très rapide jusqu'au nombre 30 et la saturation en oxygène du patient. On commence à utiliser ce système dès que le patient se dit essouflé. En gros s'il arrive jusdqu'à 30 sans arrêter et reprendre son souffle c'est ok, s'il ralentit et reprend son souffle entre 20 et 30, on le surveille tous les jours et on lui explique comment le faire lui-même s'il comprend bien , et s'il se rapproche de 10 : Allo le 15 . C'est simple , on verra si ça marche.

De temps en temps un patient consulte pour une broutille, mais c'est devenu hyper rare par rapport à d'habitude. Les bobos attendront probablement la fin du confinement, et ce n'est pas pour me déplaire. Je me demande si ça changera l'attitude de certains dans la consommation de soins inutiles

Toujours autant de covid19. 18 dans la journée. On courbe l'échine et on continue le boulot sans réflechir trop.

 

Mardi 24 mars

Encore des patients covid toute la journée. Je pense à cet homme de 70a diabétique fragile  qui revenait d'un cluster espagnol. L'infirmière Asalée me dit qu'il est fatigué, mais résiste. Elle le rappelle dans 2 jours.

On commence à avoir des patients qui appellent pour d'autres pathologies potentiellement graves. Ils ont attendu 2 ou 3 semaines pour appeler et ça devient difficile.

On prescrit certains examens, mais le risque est là et il est élevé  de sortir et de contracter le coronavirus en allant dans des lieux de soins.

Les premiers patients qui décompensent leurs problèmes psy commencent à appeler. L'une d'elle a repris ses troubles du comportement alimentaire, l'autre s'est remise à boire alors qu'elle était abstinente, la dernière qui souffre de crises d'angoisse étonnament tient bien confinée, il faut dire qu'elle est agoraphobe.

Les psychiâtres vont avoir du travail, à condition de faire des téléconsultations, ce qui n'est pas toujours simple pour le patient dans son environnement familial.

 

Mercredi 25 mars 

Il fait froid à Strasbourg, le temps est magnifique, mon cerisier fleurit et me fait penser à mon voyage au Japon au printemps en 2018.

Je ne travaille pas d'habitude le mercredi après-midi. On se met d'accord avec DocSchouki et on réorganise notre emploi du temps pour pouvoir partir un peu plus tôt toutes les deux. On commence à fatiguer et elle a envie de courir avant la nuit et moi de trainer un peu au jardin. Les teleconsultations sont utiles, mais stressantes et on les aligne depuis 10 jours maintenant. Je rêve d'un retour à la normale avec des vrais gens à ausculter en chair et en os, mais la grande majorité des appels concerne toujours Covid19.

Les collègues des autres régions commencent à avoir leurs lots de patients infectés et se préparent de manières différentes de nous (nous n'étions pas préparées à ça, et nous avons du tout inventer). Je vois que des régions mettent en place des "covidodromes" où les patients suspects sont reçus dès les premiers symptômes. J'avoue ne pas comprendre l'intérêt du système, à part faire se déplacer des gens peu malades, très contagieux et les concentrer au même endroit pour contaminer les médecins qui les examinent alors qu'il n'y a pas de traitement. Bref : wait and see.

Le nombre de soignants infectés ne fait que croître, on annonce dans les médias des morts de médecins et bizarement pas d'infirmières ou d'aide-soignantes. Une hierarchie qui me dépasse ...

Les français sont de plus en plus nombreux à applaudir les soignants le soir à 20 h à l'instar des italiens. Personnellement ça ne me fait pas plaisir. Aller se battre contre un ennemi invisible qui tue au hasard et sans aucun moyen, ne me fait pas plaisir. On fait parce que personne d'autre ne fera. Point.

Le premier qui me parlera de héros ou de vocation, je le démolis.

Je rentre chez mois après 8h de téléconsultations et je retrouve les miens au jardin avec un practice improvisé de golf. Et ça me fait oublier quelques minutes le dehors et ses horreurs.

 

Jeudi 26 mars 

Un train sanitaire  part de Mulhouse ce matin avec des malades pour Angers et Nantes. Une telle organisation m'épate tellement, moi qui ait été interne de réanimation il y a si longtemps. Je sais quels trésors d'imagination et quel travail cela représente. J'espère que ces aides vont suffire entre les transferts en Allemagne, les transferts en avions militaires et la réa militaire construite à Mulhouse....

Ces médecins sont au bout de la chaîne de cette saloperie de maladie. J'espère leur en envoyer le moins possible.

Et là en fin de matinée, message de l'infirmière qui surveille les patients fragiles comme le lait sur le feu: le patient de 70a diabétique s'est beaucoup aggravé en 24h.

Je l'appelle, il n'y a pas possibilité de vidéo chez eux. Il a le souffle court, a des difficultés à parler, et n'arrive à compter que jusqu'à 14. Il me décrit un grande secheresse de bouche et des urines rouges foncées. Il me dit ne plus être capable de manger ni de boire. Il est épuisé, deshydraté après une forme digestive au départ du Covid19, et dyspnéique. Je décide d'appeler le Samu qui va être très réactif. On sent que la plateforme s'est formidablement étoffée depuis mon appel de la semaine dernière qui avait mis 30 minutes à aboutir. Au bout de 5 minutes la décision est prise de lui envoyer une ambulance pour l'admettre aux urgences. Délai annoncé 45 minutes. Ce sera un peu plus du double, mais un délai raisonnable vu son état.

Je suis vraiment soulagée de voir la montée en puissance de notre service de santé. J'espère que cela suffira à limiter les dégats, je prierais presque ...

 

Vendredi 27 mars

Je bosse de chez moi en organisant les prises en charge des patients non-covid qui ont besoin d'examens complémentaires et qui ne savent plus où aller sans prendre le risque de tomber malade du virus corona.

Pendant ce temps, mon interne fait les consultations au cabinet. Il est très à l'aise en téléconsultation alors qu'il entame la troisième semaine de ce type.

Il fait toute de même venir plus de patients que moi en présentiel. Je l'embête avec mes conseils pour se protéger.

En début d'après-midi , je vois que les messages de patients deviennent très nombreux, et j'appelle mon super interne pour le soulager. Je vais appeler tous les patients non prévus en téléconsult.

 

Samedi 28 mars

Je suis seule au cabinet pour la matinée. Ma collab va appeler de chez elle quelques uns de ses patients.

Au troisième patient vu en vidéo, je sens bien que les choses tournent mal pour lui. Je décide assez vite d'aller le voir. Il n'a pas la force de se déplacer.

J'enchaine les téléconsultations covid19 encore et encore. Mais où sont passés les autres malades, tout ces diabétiques, insuffisants cardiaques, et autres maladies chroniques sévères ?? Disparus ? ou plutôt terrés chez eux ....

Je termine et prépare pour la première fois un équipement pour aller consulter à domicile un patient très contagieux.

Evidemment rien ne va comme je veux. La charlotte dont je ne dispose que depuis hier ne tient pas sur ma coiffure débridée et j'ai bien sûr pas d'élastique à cheveux. J'enfile une blouse blanche au dessus du pyjama de consult, je mets un masque FFP2  et je prépare un sac plastique qui contient : stéthoscope, tensiomètre, oxymètre, thermomètre laser, gants et lunettes ecran. J'apporte du gel hydroalcoolique et une malette distincte mon habituelle, lavable, que j'avais mise à disposition de mes internes en cas de visite.

Je monte dans ma voiture et comme une stressée absolue, je me trompe d'adresse avant d'arriver au bon endroit. Le patient, assez jeune et sans facteur de risque s'est beaucoup aggravé en 24h. A l'examen il est très fatigué et très essoufflé. Je décide très vite d'appeler le SAMU. Délai très correct de réponse. Délai de 25 minutes pour avoir un médecin régulateur qui décide très vite d'envoyer l'ambulance. Et là ça coince... Plus de 3 heures pour que le patient soit enfin pris en charge.

Il n'y a pas assez d'ambulance disponible pour tous les patients à évacuer.

J'enlève ma blouse blanche et  mes gants dans la rue, je fourre tout le sale dans le sac plastique de matériel et je retoune me changer entièrement à mon cabinet. Je mets tout le matériel jetable dans une double poubelle, ma tenue blouse et pyjama dans un autre sac poubelle pour les laver chez moi.

Une fois arrivée chez moi je me change à nouveau et désinfecte ma voiture. Mise en route de la machine à 60° avec eau de Javel dans le bac de rinçage.

Remontée du garage en sous vêtements et douche prolongée.

Je vais mettre des heures à redescendre une fois arrivée chez moi.

 

Dimanche 29 mars

Pause à traîner chez moi. Je reprends le tricot que j'avais abandonné.

 

Lundi 30 mars

Nouvelle journée de Covid19 majoritaire. L'épouse du patient me donne des nouvelles pas mauvaises de son mari qui est sous antibiotiques et oxygène dans un service de médecine.

Un autre patient obèse majeur et diabétique va mieux que samedi.

Je continue les téléconsulations et je rêve de pouvoir à nouveau toucher des patients...

Deux patients que j'avais déjà vu en téléconsutations se sont aggravés, je vais devoir les suivre au jour le jour. Les deux sont à J10 du début de la Covid19.

Les téléconsults sont pénibles parce que répétitives avec des tableaux très semblables. J'ai presque plaisir à avoir de temps en temps un motif plus futile de consultation.

33 patients, 27 Covid19.... Cela ne s'arrêtera donc jamais ?

 

Mardi 31 mars

La journée est subitement plus calme avec une baisse très nette du nombre de téléconsultations. J'ai quelques patients qui me recontactent enfin pour le suivi de leurs pathologies chroniques et une femme enceinte qui m'appelle pour parler de son suivi.

Je lui explique quelle organisation nous avons mise en place avec une zone propre dans le bureau et la salle d'examen habituelle, et la zone "infectée" dans la salle d'attente qui ne sert plus à rien d'autre.

Je lui donne rendez-vous pour son examen des 5 mois de grossesse la semaine prochaine au cabinet et lui explique que je l'accueillerai à la porte avec un masque pour elle et du gel hydroalcoolique et que je serai équipée de même. Elle me quitte rassurée.

Je rappelle un service de radiologie pour le résultat d'un scanner abdominal d'une patiente qui se plaint depuis un moment de douleurs abdominales et d'un amaigrissement. Le résultat n'est pas bon. J'ai reçu le bilan biologique de celle-ci qui fait évoquer un cancer.  Je lui propose un rendez-vous présentiel demain pour faire une consultation d'annonce. Elle semble soulagée de pouvoir venir en discuter.

Cette journée est presque irrélle, il n'y aura qu'UN seul nouveau malade suspect de Covid19.

Je rentre tôt dans l'après-midi et me rends compte pendant tout le trajet retour que je reste sur mes gardes comme en train d'attendre un coup de poing sur un ring.

Le coup ne viendra pas, mais je reste prête.

Chez moi fils n°1 va doucement mieux, je ne raconte plus rien de mes journées depuis longtemps. Il s'est intallé un fossé entre ma vie au travail et la maison. De toutes façons qu'y aurait-il à dire?

 

Je prends mon téléphone et essaye de trouver un rendez-vous d'oncologie pour ma patiente au Centre anti-cancer local. La secrétaire va être formidable et va me trouver un rendez-vous très rapide pour jeudi chez la meilleure spécialiste possible. Il y a une vraie solidarité palpable à distance et une vraie chaîne d'entraide.

 

 

Mercredi 1er avril

Consultation d'annonce avec explications concernant la prise en charge du cancer de ma patiente qui va être rapide vu le problème. Je la connais depuis longtemps. Elle encaisse les coups que j'assène involontairement. Je suis impressionnée. Son mari la soutient. Etre deux dans l'adversité est tellement important.

Nouvelle journée calme du point de vue du Covid19. Aucun nouveau cas. Cette impression d'attendre la vague suivante me poursuit. Je n'arrive pas à croire que c'est fini.

La journée se passe sans aucun nouveau malade Covid19. J'en ai encore plusieurs qui vont mal à domicile depuis un bail et que je rappelle tous les jours tant cette maladie évolue vite.

Je commence à examiner si possible ceux qui ne vont pas mieux après J14. Les tableaux sont quelques fois des tableaux de pneumopathies de surinfection bactérienne. Je prescris scanners thoraciques et bilans biologiques. On a les deux examens très vite. Les cabinets de radiologies privés sont très réactifs et c'est un vrai soulagement pour nous et pour les patients.

Certains patients souffrent beaucoup psychologiquement en plus de la maladie pulmonaire, ce sont ceux qui vivent seuls et qui n'ont aucune visite en raison de leur statut de Covid+ .

L'infirmière et moi-même essayons de les soutenir, mais dormir en étant très essoufflé et seul chez soi est très difficile.

 

Jeudi 2 avril

Un seul nouveau Covid19 suspecté , mais il a déjà 7 jours d'évolution. Il s'est contaminé le dernier jour avant le confinement dans un appartement alors qu'il était en vacances de ski avec des amis.

Il ne va pas trop mal. Mon patient en réa résiste.

Courrier de l'oncologue qui vient de voir ma patente en consultation. Une coelioscopie est programmée la semaine prochaine pour le diagnostic histologique et la chimio commencera dans la foulée. Pas de retard dans la prise en charge et c'est bien.

 

Un seul cas. Je commence à y croire. Le confinement porte ses fruits.

Restez chez vous !!!

 

Vendredi 3 avril

Mon interne n'a pas trop de travail. Il décide d'aller examiner un patient à domicile trop faible pour pouvoir se déplacer. Je stresse pour lui. Pourvu qu'il ne se contamine pas.

Il décide de faire passer un scanner au patient, lui prescrit un bilan biologique et modifie son traitement antibiotique devant le peu d'amélioratuion clinique et biologique avec le premier. Le patient est très fatigué à J18.

Son scanner est très impressionnant avec des lésions diffuses evoquant Covid dans les 2 champs pulmonaires. Comme une pneumonie virale qui n'a épargné aucun lobe pulmonaire.

On se laisse 24h avant de décider de l'hospitaliser. ( en temps normal je pense qu'il aurait été hospitalisé depuis plusieurs jours)

 

Samedi 4 avril

Le patient tangeant d'hier va beaucoup mieux. Soulagement .

 

Dimanche 5 avril

Repos. Je lis la quantité impressionnante de mails venant des patients qui avaient pour consigne de donner de leurs nouvelles à J7 et J14 . Ils le font très consciencieusement.

Je leur laisse un petit mot à chacun en trainant dans mon jardin.

On entend plus les voitures sur l'autotoute au loin. Les oiseaux animent le jardin.

Ce printemps est merveilleux, et là-bas on imagine pas comme le virus fait rage.

 

Lundi 6 avril

Les affaires reprennent. A nouveau 30 teléconsultations. J'ai encore deux patientes malades depuis plus de 2 jours qui ne vont pas bien. Toutes ces consultations se font en vidéo si possible. La vidéo me permet de voir leur état de fatigue ( très) et leur amaigrissement (très) . Je leur prescris des compléments alimentaires sous formes de protéines en boite tellement elles sont affaiblies. Le covid est passé, mais elles ont un mal fou à récupérer.

Une des deux a des douleurs thoraciques importantes et tardives (J20) , je décide de l'adresser aux urgences comme elle habite à l'autre bout de Strasbourg. Elle bénéficiera d'un scanner thoracique et d'un ECG ainsi que d'un bilan biologique et sera renvoyée à domicile devant l'absence de signe de gravité notamment cardiologique. Je reçois le courrier immédiatement après sa sortie. Je suis impressionnée par la prise en charge des hôpitaux de Strasbourg.

Toujours aucun nouveau cas Covid19. Je croise les doigts.

 

Mardi 7 à jeudi 9 avril

Je recommence à voir des patients en consultation présentielle : des femmes enceintes qui reprennent leur suivi et des bébés à vacciner. Je les reçois avec un maximum de précautions  pour ne pas avoir de risque de contamination mutuelle. Revoir des patients "normalement" me fait tellement plaisir.

Toujours aucun nouveau Covid, les anciens guérissent au fur et à mesure.

Les jourhnées sont calmes. 16 patients en moyenne ce qui est peu.

 

Vendredi 10 avril

Vendredi saint en Alsace : jour férié. Il fait un temps merveilleux. On sort la table de jardin et de barbecue.

Mon gazon est beau comme un sou neuf et Romuald le robot tond pendant que je rêvasse en le regardant.

L'infirmière de l'Ehpad me donne des nouvelles de ma patiente Covid+. C'est stable, mais elle n'est toujours pas guérie à J17. On décide de l'hydrater par perfusion nocturne. Elle aura un bilan biologique de contrôle demain.

J'irai  travailler demain, il y a à faire.